Quand s’égare l’art contemporain

Parmi la quarantaine de lieux partenaires du projet Ulysse concocté par le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Camargue figure en bonne place avec l’exposition« Égarements » située dans l’immense domaine du château d’Avignon, dans son parc comme dans ses salles aux décors classiques

Parmi les artistes qui ont le mieux joué le jeu de cette proposition évoquant, avant tout, l’art de se perdre, il y a les invités d’une part, et ceux dont on a emprunté les oeuvres aux collections publiques ou privées de la région, d’autre part. Parmi les invités, retenons Le Tapis de Sigmund d’Anne Deguelle dans le petit salon, installation d’un ensemble de tapis et de textiles moyen-orientaux dont les entrelacs pourraient se souvenir des méandres des cerveaux analysés par le célèbre psychanalyste. Au premier étage, un hommage à Pasolini par Hélène Delprat. Dans une prairie, l’abri-pluie de Gerlinde Frommherez sert de caisse de résonnance amplifiant tous les bruits extérieurs. Dans la pénombre humide d’un ancien lavoir, Marie Goussé abrite l’imposante robe en tapisserie inachevée de Laërte, père de Pénélope, que celle-ci tisse et détisse inlassablement. Dans le parc toujours, le visiteur bute contre un objet à l’allure de météorite moussue, de Caroline Le Méhauté. Toujours chez les invitées femmes très nombreuses, Françoise Pétrovich présente, dans un autre lavoir, un film d’une centaine de dessins à l’encre évoquant l’univers ambigu et ambivalent dont elle a le secret.

Parmi les oeuvres de ces messieurs, l’empreinte d’Arnaud Vasseux réalisée en résine, Pas, moulée dans la vase des marais camarguais, accentue le sentiment d’incertitude. Les autres travaux, bien qu’ils n’aient pas été exécutés in situ, apportent leur dose d’inconfort, de rêveries, de transformations optiques, de mouvements en tous genres. Ainsi des Objets en lévitation, 1996, photos de Claude Closky ; du Ventilateur, de la série Clay Furniture, 2007 de Martin Baas ; de la vidéo Émotion Contenue, 1995, de Marie-Ange-Guilleminot ; de l’incroyable tête de Javier Perez, Reflejos di un viaje, 1998 en verre soufflé au Cirva de Marseille ; de la Ragazza che camina de Michelangelo Pistoletto, 1962-1966, prêtée par le Castello di Rivoli ; des Olofactory Portraits de 1995 de Jana Sterback, soufflés eux aussi au Cirva et encore jamais montrés. Mais encore des oeuvres très délicates de Markus Raetz, Barthélémy Toguo, Tony Oursler, Philippe Ramette ou Felice Varini, entre autres…Un bel éventail de sensibilité contemporaine sur un sujet, somme toute, « bateau ».

Commentaires et questions

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !

    Laisser un commentaire