Tout savoir sur le Street Art

Le mouvement du Street -Art

Le Street Art est par définition un art libre qui outrepasse toute les limites artistiques et juridiques. Il existe depuis toujours comme en témoigne les dessins dans les grottes paléolithiques. C’est un art éphémère qui prend place dans tous l’espace public.

Si à New-York et Los Angeles le graffiti éclot dans les années 60-70, les capitales européennes comme Paris, Londres, Amsterdam ou Barcelone, ont découvert le graffiti moderne dans les années 80. C’est un art de rue qui ne doit pas être confondu avec le vandalisme et la dégradation. En effet, le tag est né avec le mouvement hip-hop, il s’agit pour son auteur de laisser sa trace en apposant sa signature distinctive et stylisée. Sa qualité artistique est indéniable, comme en témoigne la renommée de certains street artistes, l’institutionnalisation de cet art, ainsi que la volonté des collectionneurs d’acquérir de plus en plus des œuvres de ce mouvement.

Toutefois la reconnaissance du Street Art sur le marché est récente, car à l’origine les peintres de rue n’étaient pas considérés par le marché. Ce sont les institutions dans un premier temps comme le Centre Pompidou, qui ont reconnu ce mouvement comme artistique, notamment à travers l’exposition « Graffiti et société » en 1981. Dans les années 90 les galeries commencent à prendre en considération ce mouvement et organisent quelques expositions. Mais ce sont réellement les années 2000 qui ont consacré le Street Art avec plusieurs expositions dans des institutions de renommée internationale.

Les street-artistes considèrent que l’environnement urbain est une grande toile blanche sur laquelle ils expriment leurs idéaux, passions, talents, convictions, dans un but artistique et non marchand, puisque les œuvres sont offertes aux citadins. Les collectivités ont parfaitement compris la philosophie de cet art, et n’hésitent pas à passer commande auprès des street-artistes, appliquant ainsi une politique de cohésion sociale et de valorisation des valeurs territoriales.

Le Street Art ne résume pas à du simple graffiti, il comprend une multitude de techniques comme le pochoir, les stickers, les posters, la projection vidéo, les installations lumières, l’aménagement urbain, etc. qui sont à l’origine du succès qu’il remporte aujourd’hui. Ce sont des artistes engagés qui souhaitent à travers ces différentes techniques se réapproprier les villes, qui sont influencées et gérées par des politiciens, des policiers et des hauts cadres. Leur but est que chaque citoyen se retrouve dans sa ville, et que l’espace public soit défini par ses habitants.

 

La qualité d’auteur des Street Artist

 

Keith Haring 104

Ces dernières années, les institutions culturelles françaises ont participé à une véritable consécration du Street Art, avec entre autres l’exposition « Le Tag au Grand Palais » en 2009, l’expo

sition « Né dans la rue – Graffiti » en 2009 à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, l’exposition-vente « TAG, les lettres de noblesse » au Palais To

Le droit d’auteur, prévoit que dès la naissance de la création, même si elle n’est pas achevée et peu importe son support, l’auteur jouit d’un droit de propriété incorporelle exclusif. Il suffit que la création soit un minimum matérialisée, (il ne doit pas s’agir uniquement d’une idée), et qu’elle soit originale, c’est-à-dire qu’elle traduise l’empreinte de la personnalité de son auteur. Une affiche est donc protégeable par le droit d’auteur, et confère à son auteur des droits patrimoniaux (droit de représentation et de reproduction) et moraux (droit de paternité, droit de divulgation, droit au respect de l’intégrité de l’œuvre et droit de retrait et de repenti).kyo en 2010, la création d’un musée à ciel ouvert avenue de Wagram à Paris de Mars à Juillet 2010 par Alain Dominique Gallizia, l’exposition consacrée à Keith Haring au 104 et au Musée d’art moderne de Paris en 2013, etc. Peut-on vraiment parler de Street Art quand il est institutionnalisé ? N’est-ce pas l’opposé de la philosophie de ce mouvement ? Est-ce que cet art ne s’y trouve pas dénaturé ? Les œuvres de ce mouvement soulèvent de nombreuses questions juridiques en terme de droit d’auteur, de droit de propriété et de droit pénal, car il faut garder à l’esprit que le tag, le graffito, l’affichage sans autorisation demeurent un délit pénal.

Un auteur jouit d’un droit de propriété incorporelle, c’est-à-dire qu’il a des droits intellectuels sur sa création, ce qui est à différencier des droits sur le support où est fixée l’œuvre. Concernant les dessins présents sur les affiches exposées dans des lieux publics, supports de prédilection de certains artistes tels que Keith Haring, les droits de propriété intellectuelle appartiennent à leur auteur ou lorsqu’ils sont morts à leurs héritiers. Cependant il faut garder en tête qu’en aucun cas, ils ne sont propriétaires du support affiche.

Lorsqu’une commande publique a été passée pour la réalisation d’une œuvre, par exemple une affiche, et qu’un particulier prend possession de cette œuvre, dans ce cas l’œuvre est volée à l’institution publique qui en a passée commande. En effet, cette dernière devient donc propriétaire du support, et s’est probablement vue céder le droit de représentation de cette œuvre sur la place publique. L’auteur (ou ses ayants droit pour Keith Haring), quant à lui peut considérer qu’il y a atteinte au respect de son œuvre.

La qualité d’auteur des artistes de Graffiti est notamment mise en avant lorsque leurs œuvres (qui occupaient l’espace public) sont photographiées (sans leur autorisation) et diffusées (sans leur autorisation) dans des ouvrages sur le graffiti, des catalogues d’exposition ou encore des magazines. Les clichés sont alors considérés comme des œuvres de collaboration entre l’auteur de la photo et le Street Artist, les éditeurs finissant par reconnaître la qualité d’auteur aux Street Artist.

Dessin de Mammouth - Grottes d'Arcy-sur-Cure

Dessin de Mammouth – Grottes d’Arcy-sur-Cure

Lorsqu’aucune commande publique n’est passée, l’œuvre urbaine est donc réalisée de façon « illégale » puisque l’artiste « s’approprie » l’espace public. Mais l’appropriation de l’espace public existe depuis toujours avec par exemple les dessins paléolithiques datant de – 28 000 ans avant JC dans les grottes d’Arcy-sur-Cure. Cette forme d’art peut être considérée comme la plus vivante car elle échappe a priori à toute loi du marché. Dans un contexte urbain, des photographes tels que Brassai ont consacré cet art en captant son essence poétique et/ou politique, qu’il s’agisse d’inscriptions sur les murs publics ou sur les pissotières. Des artistes comme Jacques Villéglié y ont également largement contribué (avec son utilisation des affiches).

 

La reconnaissance du Street – Art avec la consécration d’artistes majeurs tels que Jean-Michel Basquiat (SAMO) ou Keith HARING et la reconnaissance d’artistes exposés en galerie (Misstic, JR, Jon One, Space Invader,  Monsieur Le Chat, Enest Pigon Ernets,  André, Kouka …) a changé la donne avec souvent plus de tolérance de la part des pouvoirs publics et des collectivités. Ces derniers ont intégré le fait que les œuvres de ces artistes font parties du paysage urbain et ont décidé de ne plus les effacer systématiquement. Malgré le fait d’être exposés en galerie, ces artistes restent très attachés à la rue, à la spontanéité qu’elle offre, à l’intérêt du caractère éphémère des ces œuvres, et ils continuent à œuvrer dans la rue. Mais cette consécration institutionnelle, a permis l’avènement de véritables commandes publiques : Mur entier de Jef Aérosol place Stravinski près de Beaubourg, mur entier de Robert Combas dans le 4ème arrondissement, fresque réalisée par Jon One pour la Fondation Abbé Pierre à Metz, commandes passées à JR dans différents régions du monde.

Mur entier de Jef Aérosol place Stravinski - Paris

Mur entier de Jef Aérosol place Stravinski – Paris

Fresque Jonone pour la Fondation de l'Abbé Pierre

Fresque Jonone pour la Fondation de l’Abbé Pierre 

Malgré cette reconnaissance institutionnelle, il n’est pas rare que certaines personnes assimilent le Street Art à du vandalisme, de la dégradation de bien, de la violation de propriété.

Concernant le droit de propriété, il faut déterminer deux situations. Tout d’abord lorsque l’œuvre de Street Art a été réalisée avec l’autorisation du propriétaire du support, l’œuvre est légale. Concernant sa propriété, si le support est amovible on peut aisément penser que l’artiste en gardera la propriété, tandis que si le support est fixe, le propriétaire de ce support devient propriétaire de l’œuvre. Toutefois le droit d’auteur demeure à  l’artiste.

 

Dans le cas où l’œuvre de Street Art n’a pas été réalisée avec l’autorisation du propriétaire du support, l’œuvre est illégale et jugée comme détériorant le support. Le propriétaire du support devient alors de plein droit le propriétaire de l’œuvre et peut ainsi en toute légalité décider de supprimer l’œuvre. Il apparait peu probable de toute façon que l’artiste tente de faire jouer son droit d’auteur alors qu’il risque des poursuites pour dégradation de biens. De plus, les tribunaux semblent sous-entendre que lorsqu’une œuvre est illégale, cela prive son auteur de tout droit d’auteur (cour de cassation 28 septembre 1999 « en l’absence de preuve de son caractère illicite, une œuvre (…) bénéficie de la protection accordée par la loi sur la propriété littéraire et artistique. »). Ainsi par exemple dans l’affaire concernant les portes d’armoires électriques peintes par C215 et arrachées par un tiers, il semble que C215 ait réalisé ses pochoirs sans autorisation, il ne pourrait donc faire jouer son droit d’auteur. Toutefois, concernant la porte d’armoire électrique, elle appartient à la ville de Paris (ou EDF), or si elle n’a pas donné son autorisation pour la vente d’un bienlui appartenant, le vendeur se retrouve en situation d’illégalité.

Le Street Art est donc bien un art qui par définition porte atteinte aux droits de propriété de tiers (exception faite des commandes publiques). Mais paradoxalement lorsque les artistes demandent l’autorisation aux propriétaires des murs, peut-on encore parler de Street Art ? N’est-ce pas encadrer cet art de rue qui se veut spontané et libre ?

L’affaire du découpage et de la vente du pochoir de Banksy à Londres malgré le désaccord de ce dernier, illustre parfaitement cette relation particulière qu’entretiennent droit et Street Art. Banksy n’avait pas conclu de contrat de cession avec la municipalité mais il lui avait offert son œuvre, conscient de sa côte sur le marché de l’art, or quelqu’un est venu découper le mur où le pochoir était fixé, afin de le revendre. Si le propriétaire du support n’a pas donné son autorisation pour la vente aux enchères de son morceau de mur, il peut s’opposer à cette vente qui se réalise alors en toute illégalité.

No Balls Games - Banksy, Londres

No Balls Games – Banksy, Londres

 

Slave Lavour - Banksy, Londres

Slave Lavour – Banksy, Londres

On pourrait envisager une protection des œuvres du Street Art via une interdiction de les sortir de leur contexte ou tout du moins une protection comme c’est le cas pour les œuvres de Banksy à Londres mises sous Plexiglas.

Mais si la réputation et la renommée de Banksy n’est plus à faire, qu’en est-il des autres anonymes et inconnus ? Car la question de la définition d’œuvre d’art se pose. En effet quand commence une œuvre d’art ? Qui peut dire qu’il s’agit d’art et non pas de dégradation ? Comment protéger dans ce cas là des œuvres illégales ? Il y a un véritable vide juridique quant à la propriété et à la protection de ces œuvres. Le Street Art oppose droit d’auteur, droit pénal et droit de propriété. Ces différentes catégories de droits s’affrontent.

En effet, il faut savoir que la loi (article 322-1 CP) sanctionne « le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain ». Les tribunaux (CA Paris 26 septembre 2006 relatif aux wagons tagués de la SNCF) reconnaissent la qualité d’œuvres à ces graffitis, pochoirs et autres, en les qualifiant d’œuvres éphémères. Il faut préciser deux choses.

Premièrement, les tribunaux soulignent le fait que ce sont des œuvres éphémères qui ont donc vocation à disparaitre. Deuxièmement, les tribunaux accordent une protection par le droit d’auteur à ces œuvres uniquement dans le cadre de leur fixation sur tout autre support (type photo ou vidéo) faite sans l’autorisation de l’auteur du graffito. De plus il est avéré que ces œuvres sont illicites car réalisées sans le consentement des propriétaires des immeubles, qui peuvent alors, à tout moment, les enlever en toute légalité.

Il est indéniable que les artistes du Street Art ont pleinement conscience du caractère éphémère de leurs œuvres, en témoigne par exemple le mur de la place Stravinsky à Paris concentrant beaucoup d’artistes de ce mouvement, qui pendant un an ont pu exprimer leur talent avant que le mur ne soit repeint en juin 2010, remplacé par une œuvre de graffiti de Jeff Aérosol, cette fois de commande. Ces artistes n’ont donc pas intérêt à faire valoir leur droit d’auteur en révélant leur identité lorsque leurs œuvres, réalisées illégalement, sont ôtées des murs publics ou privés.

Mais il n’en n’est pas de même lorsqu’il s’agit d’une reproduction sur tout autre support où leurs œuvres sont dénaturées, dans le sens où il ne s’agit plus de Street art. Parallèlement au Land Art, ce sont des œuvres qui auront vocation à subsister via leur fixation sur d’autres supports comme la photo ou la vidéo. Dans ce cas, il apparaît tout à fait légitime qu’un artiste puisse maîtriser la divulgation ou pas de son œuvre en quel que lieu que ce soit, sur le support de son choix, dans le respect de son droit à la paternité (il peut s’agir de conserver l’anonymat ou l’usage d’un pseudonyme).

En tout état de cause, le Street Art au sens le plus strict est par essence éphémère. Il est désormais reconnu, et à juste titre bien ancré dans le paysage artistique institutionnel.

Les galeries et les musées deviennent d’excellents vecteurs de découverte et de connaissance de cet art éphémère qui sait si bien s’approprier les espaces publics.

Zoom sur 3 Street Artists

MISS TIC

Etre l'objet du désir pas sa chose - Miss Tic - Hôtel Drouot octobre 2013

Etre l’objet du désir pas sa chose – Miss Tic – Hôtel Drouot octobre 2013

Depuis 1985, l’artiste française Miss. Tic agrémente les quartiers de Paris de ses pochoirs à la bombe, principalement dans les quartiers de Ménilmontant, Montmartre, le Marais, Montorgueil, la Butte-aux-Cailles. Elle a choisi son pseudonyme parmi un personnage de bandes dessinées.

Ses pochoirs sont des dessins de femmes accompagnés de phrases engagées.

A partir des années 90, les institutions vont s’intéresser au travail de Miss Tic puisqu’elle sera exposée dans plus de 20 galeries parisiennes.

En 1997, Miss Tic sera arrêtée, poursuivie et condamnée pour détérioration d’un bien par inscription, signe ou dessin.

Les années 2000 marquent la consécration de Miss Tic, rare femme ayant réussi à s’imposer dans ce milieu masculin. Elle va multiplier les expositions en galerie et aux foires internationales, et va réaliser plusieurs commandes publiques.

Miss Tic est aujourd’hui une artiste accomplie maîtrisant pleinement son art.

Pour en savoir plus, consulter sa fiche artiste.

 

 

 

BLEK LE RAT  

The Man Who Walks Through Walls - Blek le Rat

The Man Who Walks Through Walls – Blek le Rat

Xavier Prou, dit Blek le rat pseudonyme tiré de la bande dessinée Blek le roc, commence à peindre sur les murs des villes du monde entier dès 1981. C’est le pionnier du pochoir. Il le prépare en atelier, puis bombe  ensuite à la peinture dans la rue.

A ses débuts, il peint avec un ami sous le nom collectif de Blek, puis il décide par la suite de poursuivre sa peinture tout seul. Suite à sa condamnation en 1992 par le tribunal correctionnel de Paris pour dégradation de biens appartenant à autrui, il décide de ne peindre désormais que sur des murs légaux, et de se consacrer alors à la peinture sur affiche en atelier puis au collage dans la rue.

Ses œuvres représentent à ses débuts des rats et petits personnages, puis il décide d’agrandir ses pochoirs et réalise des personnes à taille réelle en s’inspirant de la presse et de la réalité urbaine.

Ses travaux ont influencé de nombreux artistes tels que Banksy.

Pour en savoir plus, consulter sa fiche artiste.

 

 

 

 

 

BANKSY

Kissing Coppers - Banksy

Kissing Coppers – Banksy

Banksy tient à garder son anonymat illustrant parfaitement la philosophie du mouvement du Street Art qui consiste à réaliser des œuvres dans le plus grand secret.

Il cherche à travers ses œuvres à faire passer des messages engagés politiquement ou alors empreints de poésie et d’humour. Il réalise principalement des pochoirs qu’il a préparé en amont dans son atelier, utilisant ensuite la peinture aérosol voire la peinture à la main quelques fois.

Ses œuvres sont donc des représentations humoristiques associées quelques fois à des slogans où les personnages sont régulièrement des rats, des singes, des policiers, des soldats, des enfants, des personnes âgées, des personnes célèbres. Son discours artistique est très anticonformiste et anticapitaliste.

Sa détermination à se faire entendre se retrouve dans tous ses dessins, et certaines de ses performances lui vaudront une renommée internationale.

Pour en savoir plus, consulter sa fiche artiste.

 

 

 

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